Ces textes présentent les travaux d’autres artistes, à l’occasion d’expositions ou pour leurs catalogues.

Christophe Wehrung, peintures à l’huile
Galerie L’Estampe, Strasbourg, septembre 2025.
La peinture de paysage suppose un ou plusieurs lieux à distinguer les uns des autres dans une succession de plans qui associent largeur et hauteur d’un cadre, partagées avec une profondeur symbolique. Peints sur le motif ou en intérieur, les paysages réalisés par Christophe Wehrung n’entrent pas dans l’atelier pour poser, au contraire des hommes et des femmes qui en sortant, laissent leurs portraits. La tradition d’un modèle nu comme condition humaine naturelle ou anatomique, ne prend pas ici plus de sens qu’une corbeille de fruits, une carafe d’eau à reproduire pour rester « encore vivant » de l’anglais still life qui désigne ce que nous nommons en français « nature morte ».

François Rieg, photographies
Galerie Iffrig, Strasbourg, du 9 septembre au 15 octobre 2016
Les 29 photographies en noir et blanc exposées ont été réalisées selon la technique dite « argentique » en format panoramique. Elles procèdent d’un tirage sur papier baryté, à savoir, un papier recouvert d’une émulsion photosensible. Il s’agit d’une sélection thématique de paysages photographiés depuis 1998.
Argentique
Certains mélomanes préfèrent aux enregistrements numériques les microsillons pour la profondeur de leur son comme la variété de ses nuances. Le grattement de la pointe en diamant sur la galette, les « bruits » annexes, parasites, forment un ensemble hiérarchisé par l’esprit d’écoute.
Peut-être en va-t-il de même de l’alternative entre l’argentique et le numérique, un choix qui distingue deux approches de la photographie. L’argentique relèverait chez François Rieg d’un partage entre esthétique et éthique, une manière d’ajuster sa vision à un comportement.
Silvi Simon, chimigrammes
Galerie Iffrig, Strasbourg, du 12 mars au 23 avril 2016
Depuis l’Antiquité grecque et chinoise, des procédés chimiques très élaborés ont concouru à la fabrication d’images décoratives comme à la création d’images artistiques. La frontière ténue autant qu’anachronique entre ces deux types d’images disparaît face à l’usage commun de la technique : elle s’interpose entre la main de l’artiste-artisan qui conçoit et ce qui résulte d’un instrument extérieur. Les céramiques grecques. à figures noires sur fond rouge puis à figures rouges sur fond noir furent révélées par la cuisson dans un four qui déclenche une réaction chimique oxydante puis réductrice avant la fixation de l’image par refroidissement.
Un grand pas à franchir nous conduit vers les chimigrammes, inventés par Pierre Cordier en 1956 à Bruxelles. Selon la définition qu’il en donne, le chimigramme « combine la physique de la peinture et la chimie de la photographie […] sans appareil photographique, sans agrandisseur et en pleine lumière ». Dès 1860, John Henry Fox Talbot, concepteur du film négatif, réalisa des « dessins photogéniques », ancêtres du photogramme, par impression d’un objet posé sur une surface photosensible exposée à la lumière. Cette brève généalogie inscrit la technique du chimigramme sinon dans une histoire, dans une pratique référencée.
Silvi Simon, cinéaste, a suivi l’enseignement de Pierre Cordier à l’école supérieure d’art la Cambre (Bruxelles) dans les années 1990. Elle cherche à adapter dans un premier temps les chimigrammes à sa pratique du cinéma expérimental venue de l’animation : ses premiers essais expérimentent des chimigrammes filmiques en format Super 8. À la projection, le film, unique, s’abîme : il va progressivement disparaître à mesure de sa révélation sur écran. À l’image mobile et fragile, la complémentarité d’une image fixe s’est imposée, et avec elle, la nécessité de sa pérennisation.